Tout commence par une sardine.
Une sardine observée, marée après marée, par les pêcheurs bolincheurs de Cornouaille. Sa taille varie, son taux de gras fluctue, sa saison semble parfois se décaler. Rien de spectaculaire. Mais quelque chose change.
Sur les quais, les discussions s’engagent. Les observations se croisent. Du côté scientifique aussi, les interrogations émergent. Dans la continuité des travaux menés dans le cadre de DEFIPEL (programme scientifique consacré aux petits poissons pélagiques et à leur environnement), une même question se pose : que se passe-t-il réellement dans l’écosystème ?
Porté par le Comité Départemental des Pêches Maritimes et des Élevages Marins du Finistère,
le projet SABRE vise à mieux comprendre les dynamiques biologiques de la sardine en lien avec son environnement planctonique. Car au-delà de l’abondance, c’est la qualité énergétique et lipidique du plancton qui peut influencer la croissance et l’état physiologique des poissons.
Le projet s’est construit en partenariat avec le Parc naturel marin d’Iroise, l’Université Bretagne Occidentale et le Lycée Maritime du Guilvinec, en lien étroit avec les professionnels. Le Parc naturel marin d’Iroise joue un rôle central dans le suivi planctonique historique du territoire, apportant une continuité scientifique précieuse pour l’analyse des évolutions observées. Un suivi planctonique régulier a été mis en place, des analyses taxonomiques et lipidiques ont été réalisées, et les données ont été croisées avec les observations environnementales et les campagnes scientifiques existantes.
La singularité de SABRE tient à sa méthode. Pêcheurs bolincheurs, scientifiques et gestionnaires ont travaillé ensemble. Les professionnels ont partagé leurs observations et fourni des échantillons. Les chercheurs ont apporté rigueur et analyse. Un dialogue s’est construit, chacun découvrant les contraintes et les temporalités de l’autre.
La sardine structure toute une filière en Cornouaille. Les conserveurs suivent avec attention ces travaux, car la qualité et la teneur en gras ont un impact direct sur la transformation. La question écologique rejoint ici une réalité économique concrète.
Le projet a également pris une dimension pédagogique forte. Le Lycée Maritime du Guilvinec et l’Université Bretagne Occidentale ont associé élèves et étudiants aux manipulations scientifiques. Les jeunes ont découvert la complexité des protocoles et la construction progressive de la connaissance. Former des marins qui comprennent la science, et des scientifiques qui comprennent la pêche : tel est aussi l’héritage de SABRE.
Au-delà des données produites, le projet laisse une méthode partagée et une dynamique collective prête à se poursuivre.
Le projet bénéficie du soutien financier du DLAL FEAMPA Cornouaille (Fonds Européen pour les Affaires Maritimes, la Pêche et l’Aquaculture), avec l’appui de la Région Bretagne et de l’Europe.

