Entretien avec Julien Cadieux, réalisateur

Par Sonia Scolan

Comment êtes vous venu à vous poser à Cap-Pelé sur un sujet en lien avec la pêche?

Je vis en Acadie au sud-est du Nouveau-Brunswick, dans une communauté côtière à 20 minutes de Cap-Pelé. J’ai déjà fait un film en lien avec la mer, Le chant du phare, mais ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est la rencontre avec l’autre. En grandissant, je n’ai croisé que des personnages qui me ressemblent, blancs, francophones ou anglophones. Il y a 10 ans, nous avons connu un tournant important dans nos communes littorales avec l’arrivée de migrants. Cap-Pelé est un microcosme, un petit village très révélateur des enjeux actuels. L’économie de la pêche est le cœur battant de la communauté acadienne, le centre de l’activité économique. Cap-Pelé est la capitale mondiale de la pêche aux harengs et un gros producteur de homards. Le problème, c’est que plus personne ne souhaitait travailler dans les usines. Si on voulait garder le village, il fallait faire venir des bras.
Le film présente une vision très optimiste de l’intégration, loin de celle communément véhiculée. Réaliste?
Il était important pour moi que le film soit une valorisation de la différence et de ce qu’elle peut apporter pour nous tous, au niveau de notre humanité. La migration enrichie nos vies : on voit dans le film comment se créent des deuxièmes familles, comment la langue espagnole s’est invitée. Alors que les commerces allaient fermés, on voit les rayons se multiplier de nourriture qui viennent d’ailleurs. Une mauvaise nouvelle voyage dix fois plus vite qu’une bonne et j’ai choisi être dans une approche positive et joyeuse de l’immigration. C’est mon parti pris assumé.

Comment expliquer la réussite de l’intégration à Cap-Pelè ?

Notre histoire est marquée par les mouvements coopératifs qui ont joué un grand rôle en Acadie et qui colorent notre solidarité. Il existe à Cap-Pelé un système de parrainage des familles de migrants, un centre de rencontres des francophones, un comité atlantique de l’immigration francophone, des animations qui rapprochent les habitants, des camps d’été pour les migrants, des lectures dans les classes ; tout cela facilite l’intégration.
Par ailleurs, dans une grande ville, on ne connaît pas ses voisins. Les petites communes comme Cap-Pelé, qui comptait 2441 habitants (aujourd’hui la commune a fusionné avec la communauté de Beaubassin-Est pour devenir Cap-Acadie), facilite les interactions sociales. J’ai tourné sur une période de trois ans et la ville comptait en fin de séjour un tiers d’habitants issus des migrations (Mexicain, Philippins et Jamaïcain) dont deux partagent le catholicisme avec nous, ce qui facilite les fraternités. Il y a également une dimension politique à défendre la langue française (et donc à l’enseigner à des nouveaux arrivants) dans ce territoire qui compte beaucoup d’anglophones.
Enfin et surtout, le village avait besoin de main-d’œuvre pour pouvoir continuer à exister. Il y a beaucoup moins de tension qu’ailleurs parce que sans les migrants, les usines fermeraient et toute l’activité serait délocalisée. La seule solution pour préserver l’économie et faire tourner les conserveries est de les accueillir, et la communauté le sait.

Comment voyez vous l’avenir ?

Évidemment que les migrants qui viennent travailler sont confrontés parfois à des remarques racistes, mais la tendance n’est pas celle-là. Aujourd’hui, des jeunes familles s’installent. Pour la génération adulte, c’est plus complexe à cause du problème de la langue. Mais pour la deuxième génération qui étudie le français à l’école, l’intégration se fait beaucoup plus facilement. L’école est un gros moteur d’intégration.

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