Par Sonia Scolan
Comment est né Avec vents et marées ?
Je suis originaire de Noirmoutier et issu d’une famille de marins pêcheurs : oncle, cousin, petit cousin, neveu sont marins pêcheurs à l’Herbaudière. Mon père travaille à EDF et a été muté sur l’île d’Yeu de 2006 à 2014 où j’ai donc vécu. J’y ai créé une association de création audiovisuelle en 2009 et j ai sorti Le jeune homme et la mer, déjà un film sur la pêche sur l’île. Mes origines sont de ce milieu, je me sens habité par cette culture. Avec Dans la passerelle, je donne en 2012 la parole aux 11 patrons des derniers bateaux de pêche de l’Île d’Yeu.
J’ai tourné trois autres films sur la pêche à l’île d’Yeu commandés par le Musée de la pêche, la directrice regrettant n’avoir au musée qu’un seul film, datant de 90 et donc très éloigné des problématiques et réalités de 2024. Parmi eux, Avec vents et marées. Ce n’est pas un documentaire, c’est un reportage. Il n’y a ni voix off, ni commentaire, il n’y a que les patrons pêcheurs qui s’expriment. C’est l’angle du film : simplement les écouter parler de ce qui se passe en mer, de leurs techniques de pêche, de leur savoir-faire, découvrir la symbiose qu’ils ont avec leur environnement, la connaissance fine des rythmes, des vents, des marées, des éléments. On n’entend pas souvent ces choses.
Le film présente l’île d’Yeu comme un territoire plein d’avenir dans le domaine de la pêche. Comment expliquer cette contradiction avec l’idée communément répandue ?
L’île a été fortement impactée, plus qu’ailleurs, par les contraintes extérieures, ce qui a généré des remises en questions et des adaptations permanentes. Le premier choc fut l’interdiction fin des années 90, du filet maillant utilisé pour la pêche au thon, la pêche séculaire et traditionnelle de l’île. Le deuxième coup de bambou pour la pêche hauturière, fut l’interdiction en 2010 de la pêche du requin marteau. Sur les 30 bateaux que comptaient l’île, il n’en reste que 3. La flottille a été divisée par 10 en 30 ans.
Dès les années 70, l’insularité avait progressivement amené les patrons a délaisser le chalutage pour des problématiques de gasoil devenu hors de prix sur l’île, au profit de technique moins consommatrice. Ils ont du se réinventer. On ne pêche plus au chalutier sur l’île d’Yeu mais à la ligne, à la palangre, une technique particulière de la pêche au thon qui a été réutilisée pour s’adapter.
Une autre spécificité de l’île, c’est l’existence depuis longtemps à l’île d’Yeu d’une école des formations maritimes associatives, dirigée par un ancien marin lui-même pendant plus de 30 ans, Jacky Couthouis, et où les pêcheurs transmettent aux futurs pêcheurs.
Quelles sont les perspectives du milieu ?
Les pêcheurs font désormais de la qualité plutôt que de la quantité et les mareyeurs les suivent. On constate un retour de vocation vers le métier. Les jeunes reviennent, la ressource est là, le niveau de rémunération est attractif. Le rythme n’est plus le même : ils ne font plus 300 jours par an mais plutôt 250. Le métier a évolué et la façon dont les patrons travaillent avec les équipages également.
Le film est disponible au musée de la pêche et des projections ont été organisées en juin et en novembre 2024 avec plus de 2000 spectateurs. C’est la première fois qu’il sort de l’île d’Yeu. C’est important pour le patrimoine de garder la trace. C’est un film de plaidoyer, de défense d’un secteur. Cela me tient à cœur de valoriser le métier. Ces gars intelligents qui ont su faire évoluer leurs pratiques : ça doit être su et vu, et c’est formidable que l’île d’Yeu puisse trouver sa place dans ces films du monde

